Du 7 décembre 2019 au 5 janvier 2020

 

– 3 graveuses sur métal –

 

Ekin Kirimkan

Formée au dessin à l’Académie Royale des Beaux-arts de Bruxelles, je m’initie à la gravure à l’Académie d’Ixelles. Je rejoins en 2010 l’atelier de gravure La Main Gauche à Toulouse dont j’intègre le Collectif jusqu’en 2016. Je suis aujourd’hui installée à Sainte-Croix Volvestre, en Ariège, où je dispose d’un atelier dans lequel j’initie des projets collectifs, des rencontres avec d’autres acteurs du métier du livre et de l’édition et y propose des ateliers et des stages de gravure pour adultes et enfants.

Ma recherche s’appuie sur le principe de succession de couches (strates) qui composent l’écorce terrestre ainsi que sur la fossilisation en tant que matérialisation du temps. Il s’agit donc de fouiller la matière (la matrice) et d’en révéler, couche après couche, la mémoire pour la faire remonter à la surface. La matière refait surface par le biais de multiples interventions chimiques et alchimiques.

La trace (ou empreinte) induite ensuite par le report révèle un principe lié à l’existence des fossiles : « Dans le cas d’un corps solide inclus dans un autre corps solide, le premier des deux à s’être solidifié est celui qui a imprimé sur l’autre les caractéristiques de sa propre surface. » (Sténon)

 

 

 

 

 

Iris Miranda

Surfaces sensibles, flux épidermiques, corps nébuleux …

Je développe depuis plusieurs années dans mes estampes un univers singulier en clair-obscur, une écologie énigmatique où l’humain est représenté dans une proximité avec la nature et le vivant, en prise avec les éléments et les états déployés d’un espace-matière sans limites.

Dans mes travaux récents, je cherche à transcrire les sensations physiques par l’exploration graphique des surfaces, suggérant un rapport au corps comme milieu fluctuant, en perpétuel devenir (étendues de plis des drapés qui révèlent le mouvement de l’air, volutes des nuées, fluidité et ondulation de l’eau, d’une chevelure, corps qui bourgeonnent et s’épanouissent…)

Je pratique différentes techniques d’estampe (épargne et taille-douce) nécessitant une durée d’élaboration qui est, dans le processus-même, mon moteur dans la conception de l’image ; l’outil et le geste me guidant dans l’espace du matériau gravé, et je travaille aussi l’impression de superpositions de couleurs avec une approche plus picturale.

Cette recherche me mène à incarner de plus en plus mon point de vue, m’ancrer dans l’expérience de mon corps et de ses sensations, pour l’appréhender lui-même comme un espace et rendre compte des perceptions subjectives éprouvée de l’intérieur.

La peau en tant que surface sensible, organe tactile et émotionnel à la fois, membrane perméable aux éléments, traversée par les fluides, soumise aux frémissements du désir, à la sensualité du toucher … fait de mon corps un humus fertile où peut croître le végétal, couler un cours d’eau, se draper des voiles ou des nuages…

L’art est une forme de pensée, qui opère non pas par concepts mais par percepts et par affects. (Gilles Deleuze)

 

Melissa Tresse

Les constructions mentales, architectures poétiques et vivantes que je dessine naissent sur le terreau fertile des mythes, et des contes ; les récits anciens viennent naturellement faire écho à des images d’aujourd’hui. Ces images oniriques griffées à coup de petits traits de plume, parlent d’un désir de trouver son lieu, son habitat, son repaire propre, comme une obsession récurrente.

Ici l’habitation, la demeure, sont tantôt des refuges convoités, tantôt des mondes miniatures qui de par leur taille inappropriée ne peuvent convenir ni aux hommes ni aux animaux. Les bateaux-ville vont à la dérive, portés par des flots de poissons asphyxiés, et les embarcations de fortune, coquille de noix ou Arche de Noé ne résistent que par magie aux remous ou à la sècheresse… Tous semblent condamnés à l’immobilisme alors même que leur vocation première est le mouvement.

Pratiquant la peinture depuis plusieurs années je poursuis aujourd’hui une recherche parallèle en gravure, une technique riche qui se renouvelle sans cesse.

L’estampe me permet de développer le caractère graphique et narratif de mon travail, de construire un monde fourmillant et minutieux qui émerge sur le papier, laissant la trace d’une bribe d’histoire étrange et drôle à la fois.

Ma recherche graphique se base sur les rapports formels et surtout sensibles qui s’établissent entre l’humain et l’animal. Je suis fascinée par l’incroyable mixité du vivant et le potentiel de formes qu’elle recèle. En dessinant, je tente de suggérer plutôt que définir avec précision la nature étrange des corps représentés, tout en gardant une grande spontanéité dans l’écriture graphique.  Le mythe et la fable sont pour moi comme un langage vivant qui me sert à interroger le présent.